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Retrouvez la tribune écrite par Sacha Halgand, président de la FIDL, publiée sur Le HuffPost : https://www.huffingtonpost.fr/entry/avenir-lyceen-jean-michel-blanquer-reve-que-les-jeunes-soient-des-pantins_fr_5fc66396c5b68ca87f880989

Le ministre ne fait preuve que de manipulations et d’absence d’écoute envers les lycéens, une forme de violence à l’image de ses méthodes de passage en force pour imposer ses réformes.

Les récentes révélations de Médiapart et Libération, sur l’organisation « Avenir Lycéen », autour de sa création, son financement, ses dépenses et ses liens étroits avec le ministère de l’Education nationale, sont le symbole d’une dérive gouvernementale face à la démocratie lycéenne. Représentants de la FIDL, le syndicat lycéen nous nous exprimons pour que le syndicalisme retrouve sa place essentielle. 

Au-delà de l’indignation profonde que nous pouvons éprouver à l’égard de ces dépenses extraordinaires et de l’inaction d’ « Avenir Lycéen » autour des enjeux essentiels de notre société dans nos lycées, nous sommes principalement révoltés que ce soit l’appareil d’Etat qui fomente, instrumentalise et ferme les yeux à travers ses fonctionnaires sur une situation dont il a totale connaissance.

Dévoiement du syndicalisme

Le syndicalisme représente pour nous l’opportunité de nous exprimer dans nos lycées et dans la société pour faire valoir nos droits, nos opinions, nous battre pour nos revendications et représenter une partie de la jeunesse qui souhaite s’engager, notamment en étant un interlocuteur identifié par la société civile et les institutions. Nous nous efforçons de travailler dans notre engagement, sur notre construction en tant que citoyen, sur notre développement de l’esprit critique et sur notre apprentissage de la démocratie, éléments essentiels de notre émancipation.  

Ce rôle essentiel du syndicalisme dans les lycées ne peut s’effectuer sous l’influence de fonctionnaires d’Etat et de membres de cabinets ministériels qui bafouent leur devoir de neutralité politique et abusent la confiance d’adolescents venant d’arriver au lycée. Ce rôle peut encore moins se faire au profit de la manipulation de mineurs et au travers le prosélytisme politique. Ce scandale qui entoure « Avenir Lycéen » met en lumière le travail du ministère de l’Education pour dévoyer la cause syndicale. Créer une organisation de toute pièce, lui offrir des moyens financiers et logistiques importants et en faire son seul et unique interlocuteur, pour laisser imaginer un travail avec la jeunesse, avait pour but de masquer la rupture du dialogue social avec les organisations lycéennes existantes. La FIDL,  que nous représentons, mais aussi l’UNL et le MNL ont vu leurs subventions drastiquement réduites ou totalement supprimées lors de l’ascension d’ « Avenir Lycéen » ces deux dernières années.

Il faut dire que nous avions un défaut : être opposés aux réformes Blanquer. Au lieu d’ouvrir le dialogue avec les représentants des différents syndicats lycéens à la suite des différentes manifestations lycéennes, Jean Michel Blanquer a préféré passer en force en coupant toute possibilité de discussion. Lorsque la jeunesse se mobilise sur ses lieux d’apprentissage, la meilleure solution n’est-elle pas d’essayer de comprendre quelles en sont ses revendications ? De rétablir le dialogue, la considération et l’écoute ?

Les actions de ce ministre dérogent fortement aux principes fondamentaux de la démocratie puisque le but poursuivi est de faire passer notre majorité bruyante à une minorité silencieuse en étouffant totalement nos voix. Manifestement, le ministre est prêt à entendre la jeunesse, à la condition de l’avoir sélectionnée et de lui avoir dicté les mots qu’elle prononce. Bref, le ministre rêve que les jeunes soient des pantins. Pour notre part, à la FIDL, nous refuserons toujours de cirer les pompes d’un ministre.

Engagement de la jeunesse

Le ministère de l’Education nationale et son ministre considèrent le scandale autour d’ « Avenir Lycéen » comme un « non-sujet monté en épingle par un secteur de l’ultra gauche. » Une nouvelle fois, ils ne font pas face à la réalité du problème qui est posé. Ce scandale porte un coup direct à l’engagement de la jeunesse dans une période où il est essentiel de continuer à se mobilier sur d’importants enjeux de société : lutte contre le racisme, promotion du féminisme, endiguement du harcèlement, prise de conscience sur la cause environnementale…

L’attitude du ministère – dans l’origine du scandale et dans la réaction à celui-ci – a d’ores et déjà des conséquences déflagratrices sur l’engagement lycéen. Comment peut-on perpétuer la volonté de s’engager pour défendre ses camarades lorsqu’à 15, 16 ou 17 ans, le ministre ne fait preuve que de manipulations et d’absence d’écoute à l’endroit des lycéens, deux attitudes que nous considérons comme des formes de violences, à l’exemple de ses méthodes de passage en force pour imposer des réformes ? Il participe à la décrédibilisation des mouvements syndicaux et rompt le lien de confiance qui pouvait rester, s’il existait encore, entre les institutions et la jeunesse.

Pour autant, nous continuerons à nous battre pour promouvoir la démocratie lycéenne selon ses principes fondamentaux, en n’en acceptant aucune dérive ni aucun écart. Nous ne nous découragerons pas dans nos missions et ferons en sorte de replacer le syndicalisme lycéen, comme voie d’engagement essentielle et nécessaire dans nos lycées afin de défendre nos droits et porter nos revendications.